Par Pierre Alexis Kaptchouang
Après le marché central de Douala, c’est plus de 800 boutiques du marché de Tiko qui ont été à leur tour dévastées par un incendie dont l’origine reste inconnu, avec au bilan des pertes évalués à plusieurs milliards de francs. C’était jusqu’ici le plus grand marché de la région du Sud-ouest, qui ravitaillait pratiquement toutes les villes et villages. C’est d’ailleurs là que venaient acheter la plupart des commerçants qui ne pouvaient se ravitailler à Douala ou au dans les marchés nigérians. Un marché reconnu pour son organisation, sa construction, la diversité des produits et les prix concurrentiels qui y étaient offerts.
Mais hélas, depuis le 2 mars 2010, ce marché de Tiko n’existe plus, rasé sous le regard impuissant des commerçants et autres populations par un incendie qui s’est déclaré aux alentours de 17 hrs et 30 minutes, ceci quelques minutes seulement après la fermeture réglementaire du marché, et qui n’a pu malheureusement être maîtrisé. Selon des sources concordantes, la forte mobilisation des populations n’a pas suffit pour contenir flammes qui ont régné en maître jusqu’à l’arrivée trop tard des sapeurs pompiers venus de Douala, et qui y sont parvenus, alors que tout le marché était déjà dévoré. C’est finalement autour de 21 hrs qu’ils ont pu dominer les flammes, mais les braises sont restées jusqu’à deux jours après.
Parlant des dégâts, le sous-préfet de cette ville Augustine Awa Fonkwa a soutenu qu’ « il est difficile de faire le bilan des pertes dans ce contexte où tout est encore confus ». Cependant, ont note que plusieurs commerçants, encore sous le choc, relèvent que leurs fonds de commerce ont entièrement volé en éclat, surtout les vendeurs de tissus, d’ustensiles de ménages, de vêtements, bijoux et produits de beauté, de chaussures et autres consommables, dans ce marché où se ravitaillaient l’essentiel des grossistes.
Plusieurs commerçants ont d’ailleurs déclaré avoirs perdu de grosses sommes en espèce qu’ils avaient apprêtées pour se rendre au marché de Calabar pour le ravitaillement, dont l’essentiel était des prêts obtenus auprès des banques et des établissements de microfinance. « Je ne sais plus où commencer, c’était toute ma vie. je suis fini… », se lamentait Minjen Marycleophas tenancière d’une documentation et d’une mini librairie qui a estimé ses pertes à plus de 3 millions.
Kassara Eyong Margaret quant à elle pleure plutôt pour ses enfants qui n’auront plus de quoi manger ou vivre suite à son capital de 1.4 million perdu dans cet incendie. Elle a fait savoir que « tout mon espoir repose maintenant sur le gouvernement, et j’espère qu’il fera quelque chose pour remedier à la situation et nous donner de l’espoir de survivre ».
Parlant de l’intervention du gouvernement, Le gouverneur de la région du Sud-Ouest Koumpa Issa, qui n’était qu’à douze jours en poste, a créé une commission qui aura la charge non seulement de mener des investigations sur les causes de l’incendie mais aussi d’évaluer les dégâts matériels, financiers et humains, selon le sous-préfet, laquelle commission serait déjà à l’œuvre.
Le sous-préfet Augustine Awa Fonkwa a tenu à préciser que « La commission a déjà commencé son travail avec le recensement de tous les commerçants sinistrés. Chacun se fait identifier et laisse son contact téléphonique. Les numéros de boutique sont également consignés ».
Descendu lui-même sur les lieux du drame, le gouverneur Koumpa Issa a tenu une série de réunions avec ses collaborateurs et les forces vives de la localité. A la suite de celles-ci, le sous-préfet, restituant les résolutions aux populations et aux victimes, a fait savoir que « tout sera fait pour établir les causes de cet incendie, et apporter un appui aux commerçants, avant de se réjouir du fait qu’aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée ».
Augustine Awa Fonkwa a par ailleurs invité ces commerçants et autres victimes à une franche collaboration avec le bureau de l’association des commerçants, principale interlocutrice avec l’Etat, ceci afin que les numéros des étales et boutiques, ainsi que la listes de certains perdus soit constituée pour une intervention adéquate de l’administration.
Cet incendie est venu mettre à nu le manque de dispositif d’intervention contre incendie dans cette région où seule la SONARA, basée à Limbe, dispose d’une unité de sapeurs pompiers. Comme Tiko, le marché de Kumba a d’ailleurs enregistré pareil désastre à répétition, et les dégâts se sont alourdis à cause de l’indisponibilité des sapeurs pompiers.
Même la mairie n’avait pas mis sur pied un quelconque dispositif à cet effet. Cependant, il nous été rapporté que un jour avant cet incident, soit le 01er mars, les autorités administratives et municipales de cette ville et les responsables de la Cameroon Development Corporation (CDC)avaient délimité un espace non loin du marché des vivres à Mutengene, sur la route de Limbe, pour servir de site devant accueillir sous peu une unité de sapeur pompier, et les travaux d’aménagement de ce site devraient commencer de façon imminente.
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