Elle est accusée de fragiliser les couches vulnérables par l’application des taux d’intérêt usuraires.
Par Pierre Alexis Kaptchouang
Selon une étude menée par l’Ong camerounaise Appui au développement et aux marginalisés (Adem), fruit d'une enquête menée auprès de 50 établissements de micro finance (Emf) des villes de Yaoundé, Douala, Bamenda, Bafoussam et Garoua; les taux d'intérêts servis aux clients des Emf au Cameroun se situent entre 6 et 78%, comme l'indiquait déjà un rapport de la Cobac daté de 2007, soit une moyenne de 42% de taux d'intérêt annuel dans les Emf. Pourtant, à en croire le rapport de la Cobac cité dans l'étude, ce taux dans les banques classiques est en moyenne de 11,5%.
Le crédit devient ainsi plus cher dans les Emf considérées comme étant les "banques des pauvres" ( 42% en moyenne l'an) que dans les banques classiques qui sont perçues comme des instruments pour riches (11,5% en moyenne par an).
Le coordonnateur de l'Adem, Robert Demanou, s’interroge « à quoi servent désormais les Emf installées au Cameroun, si elles dévient la mission essentielle de ce type de structure ? Laquelle consiste à offrir des services financiers adaptés aux couches défavorisées exclues du système bancaire classique dont les services sont réputés onéreux ». En tout cas, rapporte l'étude, sur les 50 Emf qui ont fait partie de l'enquête, 80% reconnaissent avoir d'abord un objectif de rentabilité de leurs structures, tandis que seulement 16% soutiennent qu'ils sont plus soucieux de lutter contre la pauvreté.
Cette orientation acharnée vers le gain qui est celle des Emf camerounaises a des conséquences désastreuses dans les ménages et les familles, puisque les emprunteurs, incapables de rembourser ces crédits contractés à des taux d'intérêts hors norme voient souvent leurs bien mobiliers et immobiliers saisis et vendus aux enchères.
L'Adem relève d'ailleurs dans son enquête que 70% des Emf enquêtées reconnaissent qu'ils "sont obligés de recouvrer la totalité de leurs crédits par la réalisation des garanties". L'étude insiste sur le cas particulier de nombreux planteurs de la ville de Nkongsamba, qui ont été dépossédés de leurs titres fonciers, parce qu'ils ne pouvaient plus rembourser les crédits contractés à des taux usuraires auprès de certaines Emf.
Pour mettre fin à cette exploitation de la pauvreté, les auteurs de l'étude intitulée "taux d'intérêt débiteurs usuraires en microfinance au Cameroun" préconisent un certain nombre de solutions. "Les organes en charge de la régulation du secteur devront prendre des dispositions pour une transparence totale dans le calcul des taux d'intérêts dans les Emf", suggère l'Adem.
Ce d'autant que, rapporte l'étude susmentionnée, 88% des Emf enquêtées ne disposent pas de base claire pour le calcul des taux d'intérêts. Les responsables de l'Adem souhaitent également que le plafond des taux d'intérêt débiteurs dans les Emf soit également déterminé par les autorités monétaires, comme la Beac l'a fait avec les banques classiques en fixant une borne inférieure à 6% et une borne supérieure à 17%. Ces mesures pourraient contribuer à redorer le blason des Emf qui revêtent désormais, du moins à en croire cette étude, le lugubre manteau de créateur de la pauvreté. .© The Entrepreneur Newspaper 2010. All Rights Reserved . Follow The Entrepreneur News on Twitter. See Our Events in Face Book.


Hi,
Please does anyone have the email address of Mr. Robert Demanou of Adem. I would like to have his recent report on microfinance in Cameroon.
Thanks
Posted by: Ojong | February 04, 2010 at 01:53 AM
Bonjour, je suis étudiante en droit à la sorbonne et je prépare un doctorat en droit dans lequel je traite de la problématique de l'usure pratiqué par les EMF en Afrique.
Je souhaiterai obtenir des documents attestant de la réalité de ce fait de plus en plus dénoncé!
Je vous remercie
Cordialement
Posted by: Joséphine Olagot | March 25, 2010 at 06:57 AM