Le constat s’est fait mardi dernier à la faveur de la deuxième session du comité de pilotage des réformes sur les finances publiques.
Par Pierre Alexis Kaptchouang
C’est la salle des conférences du ministère des Finances (MINFI) qui a abrité cette rencontre, placée sous la présidence du ministre des Finance Lazare Essimi Menye autour de qui s’étaient réunis le ministre délégué au ministère des finances chargé du budget Pierre Titti, ainsi que les membres du comité de pilotage. Le ministre des finances Essimi Menye a saisi cette occasion pour dénoncer que « La mauvaise gouvernance fait perdre au Cameroun beaucoup d’argent. En interne comme en externe. Et retarde de ce fait son développement ». Revenant sur la visite de la vice-présidente Afrique de la Banque mondiale qui a passé 72 heures de travaux quelques jours auparavant, Essimi Menye a révélé que, Mme Obiageli Esekwesili n’a pas cessé de parler de « réformes ». Elle a notamment relevé le fait que sur les sept objectifs du millénaire pour le développement (OMD) prescrits par les institutions de Bretton Woods, il n’y a qu’un seul pour lequel le Cameroun est crédité d’avoir atteint. IL s’agit de l’éducation pour tous. « Encore qu’il faut atteindre le volet qualité », a reconnu Essimi Menye.
Selon le ministre des Finances, pour redresser la barre et sortir de ce faible résultat, il faut des réformes. Seules ces réformes vont permettre au pays d’atteindre les autres OMD et les implémenter rapidement. La non atteinte de ces objectifs empêche en effet le pays de bénéficier de certains programmes comme celui mis en place par les Américains du Millenium challenge corporation. Ce programme retient 17 indicateurs de performance pour bénéficier du millenium challenge account. En 2006, le Cameroun n’était crédité que de quatre de ces indicateurs. Aujourd’hui : « Nous ne sommes nulle part. »
L’indice de gouvernance international Cpia, stagne à 3.1. , c’est-à-dire qu’il est mauvais. Ceci étant, « le Cameroun se retrouve dans une situation qui résulte de plusieurs facteurs et notamment d’un héritage de mauvaise gestion des finances publiques, de faible gouvernance … » comme l’indique un rapport récent de la banque mondiale sur le Cameroun. Conséquence : notre pays est mal perçu et sous financé par ses partenaires techniques et financiers internationaux. L’ambition du comité chargé du pilotage des réformes des finances publiques qui tenait sa deuxième session le 15 décembre est de changer les choses, de permettre au Cameroun d’avoir une meilleure maîtrise de la gestion publique. Le ministre alors fait comprendre à ses collaborateurs que « le comité doit redoubler d’efforts pour atteindre ces objectifs ».
Pour ce faire, les membres du comité constitués des responsables de diverses administrations publiques ont épluché le projet de plan de modernisation des finances publiques, le projet de décret portant règlement général sur la comptabilité publique, celui de stratégie de communication et de sensibilisation sur la réforme et l’état d’avancement des projets d’appui à la réforme des partenaires technique et financiers. En fait, une relecture des textes préalablement étudiés par différentes équipes techniques. Conformément aux résolutions de la première session tenue en avril dernier.
Le projet de plan global de réforme trouve son origine dans la mise en œuvre du nouveau régime financier. Institué par la loi du 26 décembre et des actions complémentaires identifiées lors de la revue sur la performance des finances publiques- Pefa- « ce plan ne constitue pas une simple liste d’actions à mettre en œuvre, mais un véritable projet politique comportant un cadre stratégique avec des objectifs et des résultats mesurables au travers d’indicateurs de performance, ainsi qu’un dispositif de mise en œuvre et de suivi défini selon les principes de la gestion axée sur les résultats » a expliqué Essimi Menye.
L’avant projet de décret sur la comptabilité publique qui est, par ordre d’importance, le deuxième texte après la loi portant régime financier de l’Etat, fixe l’ensemble des règles fondamentales et les modalités d’exécution des opérations budgétaires et financières de l’ Etat et des organismes publics. L’élaboration de ce décret selon le président du comité s’est appuyée sur les principes essentiels introduits par le nouveau régime financier, en particulier les notions de « programme » et de « performance » avec toutes leurs conséquences au niveau de la présentation, de l’exécution, du suivi et du contrôle du budget.
Il tient compte également de l’évolution subséquente du rôle et des responsabilités des acteurs majeurs de la gestion financière de l’Etat, tels que les ordonnateurs, les comptables, les contrôleurs financiers et l’institution du trésor public comme seul et unique banquier de l’Etat dans le but d’assurer la sécurité des circuits financiers publics. En outre, il intègre le souci de convergence à la directive Cemac du 20 juin 2008 qui pose les principes de base pour la tenue de comptabilité publique dans la sous région.
La modernisation des finances publiques est une réforme de grande ampleur qui va entraîner des changements profonds dans les modes de gestion et plus généralement dans la culture des administrations, pense le gouvernement. D’où l’urgence d’une « parfaite sensibilisation » de tous les acteurs concernés consignée dans le plan de communication également épluchée mardi dernier. Au final, il est question de finaliser tous ces textes, base d’une mise en œuvre efficace de la loi portant régime financier pour le basculement de la gestion publique vers le nouveau système prévu à l’horizon 2013. © The Entrepreneur Newspaper 2009. All Rights Reserved


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