Par Mathias Victorien Ntep
Claironner à tout bout de champ que la paix sociale règne au Cameroun, équivaut à occulter sciemment ou involontairement l´anarchie et l´insalubrité que certains policiers, gendarmes, militaires et voyous engendrent souvent dans certaines zones urbaines et rurales, la plupart du temps sans même subir le moindre rappel à l´ordre. La proposition selon laquelle le Cameroun est un havre de paix, n´a ni rime ni raison. En effet dans ce pays, il n´est pas rare que le citoyen lambda se fasse poignarder par un malfrat, que la voie publique, les gares et les aéroports ressemblent à des foutoirs, que les sanitaires de certaines écoles chassent des touristes et investisseurs potentiels, que certains militaires tabassent les policiers, que certains gendarmes et gardiens de la paix briment et rançonnent les populations, que certains femmes et hommes en tenue fassent litière de la discipline et brutalisent les étudiants, pour contraindre ces derniers à leur céder leurs aires de jeux. C´est donc cette insalubrité et insécurité chroniques qui auraient poussé un membre de la dispersion camerounaise à affirmer qu´il aurait peur du Cameroun, son propre pays.
Un pays dans lequel les armes à feu et les poignards circulent peinardement entre les mains des bandits ne saurait prétendre être un havre de paix. Un territoire dans lequel certains bourres, grivetons et pandores piétinent la constitution et les lois de la République du Cameroun, jusqu´à affirmer haut et fort que ces lois ne les concerneraient pas, a de quoi s´inquiéter, car fouler aux pieds les lois d´un pays, c´est faire preuve d´une indiscipline caractérisée, c´est déclarer qu´on est un hors-la-loi hors pair, c´est menacer les institutions de ce pays. Nous devrions être plus franc et avouer que le Cameroun actuel vit dans un état d´anarchie larvée.
Et cette anarchie est en partie due au mépris de l´éthique professionnelle par certains membres du sabre – j´ai dit certains policiers, militaires et gendarmes. La maréchaussée par exemple dispose bel et bien d´une éthique du gendarme. Le général Oumaroudjam Yaya l´évoque dans son ouvrage intitulé L´ordre public, mission principale de la Gendarmerie nationale ( Cameroun). Par ailleurs, le style souvent adopté par certains officiels dans la sauvegarde et la préservation de l´ordre, de la sécurité et de la paix publics au Cameroun, ne manquerait pas d´interloquer tous ceux qui cherchent de temps à autres à dégager et à saisir ou à cerner les ressorts d´une telle politique pourtant nécessaire.
Qu´est-ce que l´ «ordre public » ?
L´administrateur civil camerounais Antoine Bisaga, que nous citons à suite du général camerounais Oumaroudjam Yaya, explique le concept de l´ «ordre public » de la manière suivante : « La cohésion, l´harmonie de la vie sociale relèvent d´un consensus entre les citoyens ou sujets de droit libres. Mais la collectivité est tenue de protéger la société contre les défaillances du jeu de liberté ; de poser, pour les individus, les obligations et de se porter garante de leur respect (sécurité des personnes, sûreté de l´Etat …) ; la somme de ces intérêts constitue l´ordre public »
Pour le général Oumaroudjam Yaya: « L´ordre public ou la paix sociale sont la première nécessité qui passe avant la santé pour l´homme…l´ordre public est avant tout la sûreté de l´Etat, la tranquillité publique, la sécurité publique, la salubrité publique ; ce sont toutes ces situations qui permettent la vie dans l´harmonie, l´aisance, qui conduisent à l´épanouissement de la Nation et de l´individu ». Nous devons donc comprendre au Cameroun que le non-respect des règles d´hygiène publique et de civisme écologique est une atteinte à l´ordre public.
Selon Oumaroudjam Yaya, Antoine Bisaga avait relevé le caractère quelque peu imprécis et diffus du concept de l´« ordre public ». En outre, nous avons entendu un juriste camerounais, actuellement enseignant dans une université camerounaise, souligner cette imprécision pour expliquer la propension de certains officiels à un certain arbitraire qui motiverait leur décision d´interdire certains rassemblements ou réunions au Cameroun, en raison de leur atteinte à l´ordre public.
Ayant aussi fait le droit des médias et le droit constitutionnel, nous savons que ce concept et terme technique juridique est clair et précis. C´est la raison pour laquelle nous nous permettons de citer François de Fontette qui, dans son « Vocabulaire juridique. 5e édition corrigée », publié en 1995 à Paris aux Presses Universitaires de France, définit l´«ordre public » de la manière suivante : « Ensemble des principes et des règles régissant le bon fonctionnement des institutions, la sécurité et la moralité des citoyens et auxquels ceux-ci ne peuvent déroger dans leurs conventions particulières ».Ceci veut aussi signifier qu´à partir du moment où un humain au Cameroun se conforme aux principes et règles de la République du Cameroun et à ceux de la moralité, on ne devrait pas l´empêcher de tenir sa réunion ou de se rassembler avec ceux qui pensent comme lui.
En réalité, la définition de tout vocable, de tout concept ou de tout terme technique a pour but d´écarter toute ambiguïté et toute imprécision qui pourrait entraver la compréhension du discours et le débat scientifique ou intellectuel. Les définitions proposent souvent des acceptions claires et précises ou des sens qui tendent vers plus de clarté et de précision. Antoine Bisaga et Oumaroudjam Yaya ont clairement expliqué le concept d´« ordre public », François de Fontette l´a bien défini. Ce qui veut dire en somme que le terme technique ou concept d´« ordre public » est suffisamment clair et précis en droit. Evitons donc désormais certains de nos cafouillages situationnels au Cameroun.
Le recyclage permanent des hommes et
femmes en tenue est indispensable
N´est-il pas grand temps d´organiser permanemment le recyclage des éléments de l´armée, de la gendarmerie et de la police camerounaises, pour que ces corps assimilent les règles de la démocratie, de l´état de Droit et surtout pour que certains de nos valeureux soldats, gendarmes et policiers ne se comportent pas comme des hors-la-loi, qui défient et bravent allègrement et en toute impunité les institutions, les lois et la justice du Cameroun ? En fait, une telle attitude d´indiscipline caractérisée rappelle l´ambiance de la cour du roi Pétaud ou un merdier cauchemardesque.
Une solution efficace à ce problème vital serait le rappel inlassable de l´éthique du gendarme aux femmes et hommes en tenue. L´éthique du gendarme, selon Oumaroudjam Yaya, s´articule autour des points suivants : la discipline, le légalisme, le civisme, la disponibilité, l´austérité, le courage, la solidarité et la transcendance : « Il s´agit ici pour le gendarme de transcender les tares de nos sociétés actuelles pour atteindre son éthique et y demeurer. Dépasser les clivages tribaux, ethniques, religieux ou sectaires pour être réellement le soldat de la loi au service de l´Etat et des populations. Exécuter sa mission comme le prévoient la loi et le règlement sans partialité, ni excès inutiles, en restant humain sans modifier son comportement selon l´usager, en respectant les droits et les libertés définis de chacun…En somme, dépasser les tendances actuelles à la corruption, à l´extorsion et à la spoliation des usagers qui minent et déshonorent certains de nos services publics pour demeurer dans son éthique et constituer l´exemple à suivre au lieu de suivre les corrompus et les mercantiles, qui, du fait de l´enrichissement illicite, affichent parfois une certaine aisance voire une certaine opulence. »
Oumaroudjam Yaya soutient et constate que: « Le citoyen est le premier réel bénéficiaire de l´ordre public, sans lequel il ne peut pas vivre et s´épanouir. Il est également la première victime du désordre, des troubles à l´exemple de ce qu´ont subi les citoyens des pays à côté de nous […] »
Une autre solution envisageable, pour enrayer ou juguler le fléau de l´insécurité et de
l´incivisme écologique, est de préposer des gardiens de la paix à l´îlotage des quartiers urbains et des zones rurales. Ces bourres de la paix renseigneraient les habitants sur leurs droits et devoirs ; ces gardiens de la paix assureraient la médiation en cas de bisbrouilles entre habitants ; ces flics de la paix désamorceraient les conflits potentiels entre habitants, et désarmeraient ceux qui se promènent avec des armes blanches.
Par ailleurs, les adultes ont aussi le devoir d´inculquer des valeurs éthiques à leur progéniture et de leur procurer une éducation fondée sur la pédagogie « actualisante », laquelle promeut les valeurs de tolérance, de paix, de justice, d´honnêteté et de labeur. Nous ne devons pas oublier ce que nota Péguy : « Tout père sur qui son fils lève la main est coupable : d´ avoir fait un fils qui levât la main sur lui». De plus, nos valeurs s´enracinent souvent dans les us et coutumes qui prévalent dans notre environnement, milieu et cadre de vie.
Une troisième solution efficace et utilisable lors des manifestations serait de demander aux forces de l´ordre et de sécurité de ne jamais porter atteinte à l´intégrité physique d´un humain, mais d´escorter les manifestants pour qu´ils ne se livrent ni à la casse ni au pillage. En outre, les communes et communautés urbaines pourraient même construire des amphithéâtres à palabres, pour abriter les discussions et débats démocratiques entre les partenaires sociaux.
Au demeurant, si le sabre respectait scrupuleusement l´éthique du gendarme, on parlerait peinardement de « Paix sociale » ou d´ « Ordre public » ambiants au Cameroun, et personne ne disserterait ni ne spéculerait plus sur l´enracinement de l´état de Droit au Cameroun, car celui-ci serait factuel, patent et tangible. Ainsi, le Cameroun serait la proue et non la poupe à cet égard dans notre village planétaire. © The Entrepreneur Newspaper 2009. All Rights Reserved


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