En présentant ce budget aux députés hier, le premier ministre Philémon Yang a souligné que Le Cameroun a fortement souffert de la crise financière en 2009 ; Un budget dont l’essentiel est destiné au fonctionnement.
«Le Cameroun a fortement souffert de la crise financière en 2009 ». Le 1er ministre Yang Philémon s’exprimait ainsi hier devant les députés à l’assemblée nationale hier, alors qu’il présentait le programme économique, social et culturel du gouvernement pour 2010. « Le taux de croissance s’est établi à 2.6% au bout de cette année contre une prévision de 4.1% », a-t-il précisé, avant d’ajouter que pour 2010, le gouvernement espère une croissance de 3.16%, et compte s’investir dans le champ de la décentralisation.
C’est donc en tout une enveloppe budgétaire de 2570 milliards en recette et en dépense qui est mise à la disposition des départements ministériels et autres organismes étatiques au Cameroun. La part du lion revient au ministère des enseignements secondaires qui sera doté de 208 milliards624 millions de francs CFA ; Les travaux publics, la défense, l’éducation de base et les travaux publics suivent respectivement avec 182 milliards, 175 milliards, 144 milliards et 123 milliards de francs CFA.
Les affaires sociales, la promotion de la femme et de la famille, la culture, l’environnement, l’emploi et la formation professionnelle demeurent les parents pauvres avec des enveloppes qui tournent autour de 5 milliards. L’Etat prévoit de régler la dette à hauteur de 365 milliards de francs CFA et entend mettre 676 milliards dans les opérations. Au total, 59.37% du budget est consacré au fonctionnement, 26.35à l’investissement et 14.29% au règlement de la dette. C’est un projet de budget qui connaît une hausse de l’ordre de 11.7% en valeur relatif, soit 268.5 milliards de FCFA en valeur absolue. Une augmentation qui sera financée essentiellement par les emprunts 200 milliards d’emprunts obligataires notamment et 110 milliards d’emprunts extérieurs. On note que le gouvernement table sur des hypothèses comme le prix du baril du pétrole. L’année dernière une hypothèse semblable s’était révélée trop optimiste en raison de la crise mondiale dont le gouvernement s’emblait n’avoir pas prévue.
Dr. Pierre Alaka Alaka :
« Il faut que les camerounais sachent à quoi servent ces excédents budgétaires, où est-ce que ça se trouve et quel est le montant ».
Expert en finance publique, fiscaliste, et enseignant à l’Université de Douala, il s’étale sur les bons et mauvais points du budget 2010 au Cameroun, et jette un regard sur la décentralisation annoncée pour début 2010.
je crois que cette augmentation à mon sens ne valait pas la peine. Il faut être honnête pour le dire sachant que la situation économique internationale n’est pas extrêmement bonne pour tous les pays il fallait quand même que notre Etat prenne du recul. Je la justifie par une chose simple. Comme il n’y a pas eu de loi de finance rectificative suite à la hausse des salaires que nous avons connu au courant de l’année 2009, je me dis seulement que c’est cela qu’on a voulu rattraper en augmentant le budget de l’Etat pour le rendre quand même lisible par rapport aux problèmes que l’Etat à eu à connaître au courant de cet exercice 2009 suite à cette augmentation de salaire.
Au fil des budgets on constate qu’il y a généralement des excédents qui permettent selon le gouvernement de combler les instances des exercices précédentes. Est-ce qu’on pourrait interpréter cela également pour les prochains budgets et les mettre beaucoup plus au rabais ?
Oui et non. Non ! parce que ces incidents si bien gérés c’est quand même un beau moqueur en cas de difficulté pour l’économie du Cameroun. Oui ! si c’est mal géré c’est dans la mesure où ces excédents ne servent absolument à rien ; ça ne permet pas un redécollage dans certains secteurs et on continu à s’endetter auprès du FMI et de la banque mondiale alors que le pays a dégagé des excédents sur des services notés. Et c’est ça qui est paradoxal dans notre système budgétaire où on indique clairement qu’on a dégagé depuis un certain nombre d’années en milliards d’argent, de CFA des excédents budgétaires mais on continu curieusement à aller au FMI pour chercher pratiquement le dixième de ce qu’on a dans nos caisses et qui ne servent justement à rien. Donc il y a là une politique qu’il faut mettre en place pour une gestion beaucoup plus potable des excédents budgétaires dans notre pays. Pour que ce soit clair, pour que ce soit lisible, il faut que les camerounais sachent à quoi servent ces excédents budgétaires, où est-ce que ça se trouve et quel est le montant.
Comment analysez-vous la répartition de l’enveloppe budgétaire de l’Etat ?
Pour la répartition moi je dis qu’elle dépend de la volonté du chef de l’Etat qui seul a la possibilité de donner des orientations pour ce qu’il faut faire au courant de l’année. Mais moi je dis si c’est un budget où il faut simplement donner de l’argent aux fonctionnaires, dans le cadre du fonctionnement, ça ne sert à rien du tout. Mais si la répartition tien compte de l’avenir du pays, de ce que l’on veut faire de ce pays, en ce moment cette répartition, quelque soit la priorité qu’on en fait ou la priorité de l’année, si c’est pour le développement du pays, moi ça m’arrange. Mais au cas contraire, c’est de la poudre aux yeux.
Donc vous pensez que 60% de fonctionnement c’est beaucoup trop ?
Je me suis toujours plein ; c’est une bêtise gouvernementale. Quand un pays veut se développer, il faut qu’on soit sérieux. Ce n’est pas dans le fonctionnement qu’on se développe. C’est dans l’investissement. Et quand on nous dit d’attacher les ceintures, qui signifie qu’on doit faire des économies, qu’on doit consommer moins, on va épargner et avec le fruit de l’épargne on va investir. On met en place un argent en réalisant quelque chose qui va être utile demain à l’économie. c’est ça l’épargne ; et l’épargne c’est l’investissement. Donc si on passe le temps à faire des budgets de fonctionnement, où les haut fonctionnaires se repartissent les fruits de la croissance du pays alors là il y a un problème pour ceux qui n’ont pas accès à ce budget, notamment au niveau de sa gestion.
Dans les modifications proposées par le gouvernement dans la législation fiscale et douanière, il y a en bonne place la suppression de l’obligation de retenue à la source par les entreprises publiques et collectivités territoriales décentralisées. Cette nouvelle est-elle le bien venu pour vous autres techniciens ?
C’est la pire des choses qui a pu être faite. Elle me donne deux ordres de réalité. La première est que l’administration fiscale n’a pas été capable de recouvrir ces retenues à la source opérées par les démembrements de l’Etat. La seconde c’est qu’on redonne à d’autres prédateurs un argent qui était déjà sécurisé par l’Etat. Parce que même si l’Etat dans ses démembrements ne reversait pas cet argent aux impôts, il reste tout de même dans les caisses de l’Etat. Et aujourd’hui cet argent doit être reversé aux prestataires publics qui généralement sont des prestataires sac à la main avec des entreprises dans leur sac. On les enrichi plutôt, et ça doit être quelque chose d’extrêmement grave.
Le gouvernement annonce également pour l’année prochaine le début de la décentralisation, notamment un transfert de 75 milliards aux communes. Est-ce qu’on peut dire qu’avec la décentralisation c’est la fin des problèmes de ressource dans les communes ?
Non ! ce n’est pas un fait nouveau. Les centimes additionnelles communaux étaient gérés jusque là par le FEÏCOM qui le redistribuait peut être même pour plus de 70 milliards ces montants. Mais moi je dis qu’aujourd’hui si l’on veut financer la décentralisation il faut une véritable loi sur la fiscalité locale. Et là-dessus nous avons fait des propositions pour la mise en place des taxes locales de développement qui allait gérer la décentralisation.
Si on arrive à mettre en place cette taxe locale de développement, je suis sûre que d’ici cinq ans, les régions vont tirer le développement du Cameroun. J’en suis très convaincu parce que jusqu’ici personne ne paye les centimes additionnels communaux qui sont greffé sur la TVA parce que le Cameroun est l’un des rares pays au monde à avoir greffé un impôt sur un impôt qui ne s’accommode pas avec son mécanisme. Moi je propose que les centimes additionnels communaux reviennent dans le cadre de développement et obéissent au principe de patente c'est-à-dire qu’en fin d’année les entreprises qui auraient payé cet impôt vont le déduire de leurs charges. Et on va se rendre compte que les sommes collectées dans le processus de l’évolution des produits par rapport à la TVA vont être deux fois supérieures aux montants de la TVA de l’Etat. © The Entrepreneur Newspaper 2009. All Rights Reserved


les propos du DR ALAKA sont defendables et tout le crédit est à donner à la presse camerounaise qui sait dénicher des experts qui hier encore restaient méconnus du grand public
Posted by: moto moyo | January 04, 2010 at 08:10 AM