Par Mathias Victorien Ntep, Francfort/Main, Allemagne
« Mieux vaut être ignorant qu´à demi-savant », dirait une sage cervelle. Socrate, le philosophe et l´intellectuel par excellence, avait coutume d´affirmer que « le croire-savoir est la pire des ignorances. » Au moment où le rédacteur du « Laïus de Dakar » du président Sarkozy se raccroche à n´importe quoi pour démontrer, contre les évidences qui ne se laissent pas démonter, de peur, à tort, dis-je, de se noyer intellectuellement et de perdre la face une fois pour toutes, il est temps de rassurer monsieur Henri Guaino, en lui faisant savoir qu´il ne perd rien à admettre que son astuce a tout simplement foiré, et que tout être humain peut bien se méprendre.
« L´homme africain n´est pas assez entré dans l´Histoire. », apprend-on du Conseiller spécial du président Sarkozy. La phrase rappelle le « philosophe de l´Histoire » Hegel, qui, ne s´y entendant pas en histoire et en civilisations de l´Afrique, fit mousser son ignorance, en affirmant que l´Afrique était un continent qui ne faisait pas partie de l´Histoire.
Ne vaut-il pas mieux pour Henri Guaino de la mettre enfin en sourdine, à partir du moment où il n´est que trop évident que sa conscience historique est très lacunaire ? Le Conseiller spécial n´a qu´à lire les bouquins consacrés aux civilisations de l´Afrique. S ´escrimer à tout prix à soutenir mordicus, à persister et à signer, malgré les preuves irréfutables et les évidences très troublantes, que « l´homme africain n´est pas assez entré dans l´histoire », pourrait conduire l´auteur de ces propos au casse-pipe intellectuel.
L´Autrichien Ludwig Wittgenstein recommandait de ne pas aborder un sujet si l´on n’était pas sûr de le maîtriser. Une telle honnêteté intellectuelle aurait épargné au rédacteur de « L´Allocution de Dakar », aux cabotins qui lui emboîtent le pas ou à ceux qui ne prennent pas la peine de décrypter le noème que le Conseiller spécial tient à véhiculer, le désagrément de se coltiner le lourd fardeau de grimauds, qui n´ont d´autres soucis que de mieux s´insinuer dans les bonnes grâces du vergobret, de lui assener subrepticement des coups d´encensoir, n´hésitant pas à ferrailler contre les évidences, à déformer et à défigurer les faits et la vérité historiques.
Le « nègre » du « Laïus de Dakar » commet une très grave faute intellectuelle par réduction. Peut-être monsieur Guaino aurait-il suivi un reportage ou un sujet télévisuel sur les paysans d´une certaine contrée en Afrique, en aurait été marqué à tel point qu´il se proposa d´inférer que ce cas représentait et décrivait suffisamment la situation de tous les paysans en Afrique.
Par ailleurs, il est communément admis, même en science historique, qu´un peuple entre dans l´histoire par l´écriture. Or donc, tout historien sait aujourd´hui que les anciens Egyptiens et les Sumériens furent les premiers à inventer un système d´écriture et à écrire. Il est de notoriété historique, égyptologique, archéologique, linguistique et théologique que les anciens Egyptiens étaient des Noirs - - n´en déplaise aux aigris et aux auteurs de falsification et de contrefaçon de l´Histoire - -, tout comme les Sumériens, issus de la postérité de Couch l´Africain, lui-même fils de Cham le Noir, père de Misr/Mizraïm l´Egyptien, de Couch, Canaan et de Put.
Tous les quatre fils de Cham étaient des Noirs, qui, selon toute vraisemblance, avaient des teints légèrement différents entre eux, allant du noir comme du jais ou du charbon au teint basané , en passant par le teint chocolat et cuivre, bref tout ce que les Noirs ont de diversité cutanée.
En outre, le Sultan des Bamouns Njoya inventa aussi en son temps un système d´écriture semblable aux hiéroglyphes. La standardisation des langues nationales dans les pays africains prouvent irréfutablement à quel point l´Africain est entré dans l´histoire s´il ne faut retenir que le critère « écriture ».
Le Conseiller spécial et le Président ont-ils jamais pris le temps d´aller à la rencontre des paysans africains, afin de vivre et de s´imprégner de leurs conditions de travail et d´existence ? Si cela n´est pas le cas, alors monsieur Guaino a certainement induit le président Sarkozy en erreur, en lui refilant des fausses rumeurs. Même si cela avait été le cas, le Conseiller spécial du président Sarkozy aurait certainement constaté que ce qu´il avait envie de faire raconter à son patron pouvait facilement être pulvérisé par la réalité. Le Président et son Conseiller ont-ils jamais su que certains pays africains regorgent d´encadreurs agricoles et d´ingénieurs agronomes formés pour assister les paysans ?
Ainsi, l´ «Incarnation » de la France se trouva en train de colporter des fausses rumeurs et de disséminer des idées pourvues d´un fondement douteux.
Au demeurant, le « Discours de Dakar » semble être une véritable doxa qu´on pourrait assimiler à une divagation bassinante, dans la mesure où il n´était pas pertinent pour les jeunes Africains, les paysans africains et l´homme africain en général.
Si au moins le Conseiller Guaino avait étayé les propositions du « Laïus » d´une argumentation rigoureuse et surtout dénuée de toute sophistique, le texte aurait attiré un tantinet de compréhension, à défaut d´une considération et d´une approbation sincères. Là où le bât blesse, c´est que le laïus en question accorde plus de poids à cette formule à l´emporte-pièce et oiseuse mentionnée ci-dessus.
Le Conseiller et le Président ont eu l´heur de voir des jeunes Africains se colleter avec un laïus qui n´embraye tout au plus qu´accessoirement sur leurs préoccupations. Les soucis quotidiens des jeunes Africains ne sont pas différents de ceux des jeunes Français.
Il importe aux jeunes Africains tout comme aux jeunes Français d´avoir une bonne éducation, une bonne formation ; il leur importe de trouver un emploi décemment rétribué, de mener une vie épanouie, en maîtrisant les dures réalités de la vie sur terre, d´appartenir à la nouvelle « génération du village planétaire ».
Parler de « l´homme africain [qui] n´est pas assez entré dans l´histoire » à un jeune Africain de l´ère de la globalisation et de la mondialisation relève plutôt d´une incongruité inénarrable qui ne peut émaner - - dans l´optique du jeune Africain d´aujourd´hui - - que de la bouche d´une baudruche et d´un croûton qui sont dans les vapes et qui ne comprennent absolument rien à rien.
« La France ne cherche que ses intérêts. », c´est la rengaine qui sort souvent des bouches des jeunes Africains qui devisent sur les relations franco-africaines. Il est indéniable qu´il y a un tantinet d´exagération dans cette phrase ; les jugements à l´emporte-pièce, les propositions « forfaitaires », sont toujours fausses parce que les exceptions sont souvent nombreuses dans des cas pareils. Néanmoins, cette bringue recèle aussi de récriminations et de jérémiades qu´on gagnerait à prendre au sérieux tant en France qu´en Afrique.
Les jeunes Africains estiment que la France est déprédatrice, qu´elle est égoïste, qu´elle soudoie les gouvernants africains, pour mieux spolier les peuples d´Afrique de leurs ressources.
Ce que le jeune Africain attend aujourd´hui de la France, c´est le démantèlement des « réseaux obscurs » de la médiocrité, de la tricherie et de l´appauvrissement des peuples d´Afriques ; ce que le jeune Africain attend de la France, c´est une transparence totale – promise naguère par le président Sarkozy - pour ce qui est des accords de coopération et surtout le respect scrupuleux, ou sur la base des valeurs de la France, à savoir « La Liberté, l´Egalité et la Fraternité », du nouveau principe et stratégie de la contrepartie, le principe du « recevant, donnant » ou du « donnant, donnant », pour reprendre la formule utilisée au moins une fois par le président Sarkozy. C´est d´ailleurs ce principe qui sous-tend les relations internationales à l´ère de la globalisation.
Au fait, le jeune Africain, en adhérant aux valeurs de la France, aide la France virtuelle à se réaliser. Ceci témoigne même de la générosité de la jeunesse africaine qui défend les valeurs et les intérêts de la France. La jeunesse africaine n´entend pas encore claironner que « L´Afrique a le droit de recevoir sur son continent les entreprises qu´elle choisit et surtout selon ses intérêts exclusifs. » En effet, la jeunesse africaine espère que le président Sarkozy continuera sur cette lancée empreinte de bon sens et permettra à la France de devenir enfin le royaume de la « Civilisation ».
Le temps de certaines astuces et tactiques diplomatiques héritées de Talleyrand - - pratiques qui seraient encore enseignées dans certains établissements de l´enseignement supérieur - - est révolue. Nous vivons à l´ère de la globalisation, de la mondialisation, de l´information et de la transparence. D´ailleurs Talleyrand est appelé « le Diable boiteux » en rhétorique et en stylistique.
A quoi sert donc encore toute cette obstination du Conseiller ? C´est tout simplement vouloir donner la tête contre les preuves indéniables. Finalement, la ténacité roublarde de monsieur Guaino deviendrait proverbiale ; c´est ainsi qu´on pourrait désormais dire : « Etre obstiné comme Guaino », pour signifier que quelqu´un refuse obstinément par et pour fausse et pure gloriole de se rendre à l´évidence.
Insinuer que le paysan africain n´est pas assez entré dans la modernité équivaut à suggérer que les Français vivent encore aujourd´hui dans des conditions d´hygiène et de salubrité sordides et épouvantables dans lesquelles se vautraient les Parigots (Parisiens) au dix-neuvième siècle. A propos, une Française qui est spécialiste de cette période et qui expliquait cette situation de la capitale française du dix-neuvième siècle fut rabrouée et censurée par le journaliste d´une radio basée à Paris, comme quoi il faut toujours étouffer ceux et celles qui sont sur le point de révéler, dévoiler et rétablir la vérité qui, elle-même, risquerait de « déshonorer » le Patelin gaulois.
Mathias Victorien Ntep est chercheur à l´université de Francfort/Main, Allemagne. Il est titulaire d´un diplôme de troisième cycle en journalisme et sciences des médias et de la communication de l´université de Mainz/Mayence, Allemagne ; d´un magistère en lettres allemandes, philosophie et études francophones/linguistique des langues romanes de l´université de Francfort/Main, Allemagne ; d´une licence en études germaniques, linguistique et littérature générale et comparée de l´Université de Yaoundé I, Cameroun. Mathias Victorien Ntep suivit une formation en gestion d´entreprise à l´«ILS » de Hambourg, Allemagne ; une formation en journalisme au CNFDI de Brunoy en région parisienne, France ; et reçut une formation en informatique à l´I.U.T. privé de Darmstadt, Allemagne.
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