Par Léopold Ngodji à Yaoundé
Mon sentiment est vraiment que le Cameroun a d’autres problèmes à résoudre que celui-là…Mais la Constitution pour le moment, ne permet pas un troisième mandat…Nous sommes à l’écoute. Mais je demande à mes compatriotes de s’atteler à des tâches plus urgentes. Ainsi répondait Paul Biya à une question de Ulysse Gosset de France 24 l’an dernier dans son émission « Talk de Paris ».
Au départ donc était un média qui eu le mérite d’arracher les mots d’un président de la République non habitué à se livrer à la presse, nationale, sur des questions aussi importantes comme celle sur la révision constitutionnelle au Cameroun. C’est dire que la presse a un rôle prépondérant à jouer dans ce contexte politico-social tant elle est à l’origine de la question mais également un contre pouvoir qui inquiète aussi bien les pour que les contre qui cherchent, chacun, à s’en approprier. A dire vrai, les médias depuis longtemps ont toujours fait l’objet d’une manipulation des hommes politiques et des mobiles financiers qui les financent ouvertement ou tapis dans l’ombre. D’ailleurs, le professeur Tdjade Eone, médiologue camerounais, soutien clairement que les journalistes ne sont pas libres du simple fait qu’ils travaillent pour quelqu’un. On a encore en mémoire le cas du ministre en charge de la propagande d’Hitler qui continue de fait cas d’école comme un bourreau de la presse de tous les temps. Mais le Cameroun n’est pas encore arrivé là.
iLa presse locale se saisit de la question
Au lendemain de l’émission «Talk de Paris », la presse s’est saisie de la question, diversement, pour animer la réflexion et le débat d’idées sur l’opportunité ou non d’une révision constitutionnelle à l’heure actuelle. Politologues, juristes, communicateurs, politiciens et économistes ont, chacun, apporté son savoir sur le sujet dans les colonnes des journaux et les ondes des médias audiovisuels du pays. Quoi de plus normal, lorsqu’on reconnaît à la presse un tri-type : informer, éduquer et divertir avec, dans cette situation, les deux premiers ayant ravi grandement l’espérance des espaces dès lors que beaucoup de Camerounais ne connaissaient même pas le contenu de cette constitution et encore moins les mécanismes juridico-politiques qui sou-tendent sa modification.
Alors que certains hommes de presse ne comprenaient pas toujours pourquoi le président de la République trouve mieux, au mépris de la presse locale indépendante ou privée, de se livrer plutôt aux questions et aux sollicitations des médias européens et français habituellement pourtant suivis que par quelques maigres Camerounais des réseaux câblées, d’autres ouvraient déjà leurs espaces et programmes aux débats contradictoires pour les uns, et aux motions de soutien pour les autres. On a lu, regardé et écouté les débats houleux et tendus à certains moments !
Les médias publics sont restés fidèles à leur logique
De ce côté, il n’est pas difficile de comprendre la posture qui est la leur dans de pareilles circonstances. Les fonctionnaires de là-bas soutiennent que leur mission est de soutenir et promouvoir les actions gouvernementales. Seulement, à maintes reprises, les codes déontologiques sont bien violés là-bas même si souvent, ce gouvernement a bien souvent besoin d’être critiqué pour se remettre en question.
Parlant par exemple des manifestations de soutien et les motions de soutien qui ne sont jamais triées avant diffusion, on n’a jamais, et c’est surprenant, publié un seul instant celles émanant du camp des non sur les ondes de la Crtv nationale et les colonnes de Cameroon Tribune. Des motions de soutien des "griots" et de ceux qui veulent se faire voir par le Président et qui finiront, si on ne fait pas attention, de tribaliser et de régionaliser dangereusement les problèmes intéressant la vie de la nation. Pire encore, on a en idée l’émission de Aimé Robert Biyina : « Scène de presse » à la Crtv-télé qui le 24 février dernier avait pour thème « Le front du oui » sans jamais penser à la règle de l’équilibre dans les programmes de ce genre. Tout reste pense à croire que l’on évoque la déontologie lorsqu’il s’agit d’un sujet n’arrangeant pas le régime et que l’on ferme les yeux lorsque les positions et les faits font l’éloge de celui-ci. Jamais aussi, les manifestations du camp des non n’ont guerre été diffusées ici à contrario de celles du parti au pouvoir qui inondent les rédactions chaque jour. Que non ! Il faut que ces "poètes" et "artistes" revisitent leur ligne afin de ne pas confirmer ce que le professeur Mathias Owona Nguini qualifie de « communicateurs institutionnels » pour désigner les journalistes de la presse gouvernementale.
Et la presse privée ?
Il faut être de mauvaise foi pour ne pas réprimander l’intention d’une certaine presse privée à vouloir toujours aggraver les faits et jeter de l’huile sur le feu lors des moments difficiles avec des papiers tendancieux et militants lorsque l’on n’ouvre pas les antennes à une catégorie d’auditeurs d’émissions interactives qui ne passent pas par deux chemins pour appeler à la violence et au soulèvement. Alors que la liberté de la presse est conditionnée par sa responsabilité sociale, le temps était venu à Jean Pierre Biyiti bi Essam de rappeler les uns et les autres à l’ordre.
Heureusement, ce reproche n’est que le fait de quelques presses qui n’entachent en rien les élans professionnels d’une presse privée responsable qui entend jouer rien que son rôle traditionnel. Comment ne pas souligner le mérite de certaines émissions qui animent pleinement le débat au quotidien ? Zappe Presse de Benjamin Fouda Effa à la Rts, Polémos de Suzanne Kalalobé à Radio Equinoxe, Electorat de Roger Kiek de Kiki à Magic Fm, Heure de Vérité de Armand Okol à Satellite Fm, Par ici le débat de Charles Ndongo à la Crtv, Entretien de Thierry Ngongang à Stv2, Canal presse de Joly Koum sur Canal2, certains espace de Le Jour, Le Messager, Mutations… pour ne citer que celles-ci qui sont des cas palpable d’une presse libre et professionnelle.
La fameuse Rfi
Radio France Internationale (Rfi) était une radio locale qu’elle aurait été fermée et ses promoteurs tabassés et enfermés il y a longtemps. C’est que le ton qu’utilise cette Radio Mondiale n’a jamais fait l’unanimité du côté des hommes du sérail de Yaoundé. On se souvient de la sortie médiatique du gouvernement en 2004 lorsque le professeur Jacques Fame Ndongo alors ministre de la communication accusait cette radio d’être « entrée en délicatesse avec son ministère de tutelle » le ministère français des affaires extérieures après que le cardinal Christian Tumi ait qualifié, sur ses ondes, les élections de cette année de fraude massive et de « mascarades ».
Ces derniers jours, le pouvoir de Yaoundé doit certainement s’inquiéter des allures que prennent les faits et le traitement qui est fait de la crise récente par la Radio Mondiale. Guerre de chiffre, les interventions des auditeurs lors de l’émission Appel à l’actualité, les commentaires et les papiers des correspondants de Média d’Afrique de Alain Foka pour ne pas citer les déclarations dures des auditeurs sur le téléphone de la même émission appelant la chute du régime… L’invitation de Milla Assouté et du bâtonnier Me Tchougang en passant par celle de l’honorable Jean Jacques Ekindi ainsi que les déclarations de Me Alice Kom et du même cardinal sont des signes qui inquiètent les hommes de Yaoundé. Le Ministre doit aujourd’hui se poser des questions pour avoir reçu en grande pompe les responsables de cette puissante radio lors du lancement de leur programme à Yaoundé et plus précisément à l’Esstic l’an dernier.
Et le Ministre ?
Il y a des ministres et hommes politiques qui font peur. Ce n’est pourtant pas le cas de Jean Pierre Biyiti bi Essam, disons-le. Nous n’irons pas jusque là. Seulement, les différentes positions et postures de ce ministre, journaliste de profession et enseignant de la même disciple, depuis sa nomination à la tête de ce ministère font vraiment peur.
Alors qu’on n’avait pas fini d’applaudir la nomination d’un homme de la maison et confrère de plus, qu’il entreprenne d’écrire les lettres aux journalistes leur donnant la leçon sur la profession dans Cameroon Tribune. Les billets et les chroniques permanents de ce ministre dans le même journal appellent à interrogation les professionnels sur ce que recherche un ministre qui ne joue que son rôle de Porte parole du gouvernement en démentant les informations non fondées et en fermant les médias (Equinoxe TV, Radio Equinoxe et Magic Fm) depuis quelques jours. Surveillant de près les mouvements des journalistes qui tenteraient de s’opposer au "projet présidentiel" dans une "jeune démocratie" comme le nôtre, il ne faut pas qu’on s’aligne sur les rang des pays où le journalisme est un métier dangereux et la presse muselée. La presse n’est pas pourtant un ennemi des hommes politiques mais un contrepoids qui célèbre l’expression de la démocratie en facilitant les débats contradictoires desquels jaillit la vérité.
© The Entrepreneur Newspaper 2008. All Rights Reserved



Comments