Par Léopold Ngodji à Yaoundé
Dans privatisation, il y a le mot privé. C’est la passation d’une entreprise publique à un particulier(privé) selon un cahier de charge. Si les patriotes, certains, parlent d’une « braderie totale » du patrimoine national, il faut noter qu’en réalité, l’Etat camerounais passe à une étape où les entreprises publiques et surtout parapubliques ont cédé aux particuliers les plus offrants. Le temps du monopole de l’Etat est devient caduque et terminé. Un processus qui a touché remarquablement l’Etat dans ses structures, son organisation et même dans sa sociologie. Les institutions de Bretton Woods ont un rôle prépondérant dans cette affaire.
Historique
A voir de près, les origines des privatisations massives que connaissent les entreprises des pays du tiers monde sont lointaines, complexes, multiples et même plurielles. Sur le plan économique, le quadruplement du prix de pétrole en 1973, l’effondrement en 1971 des institutions de Bretton Woods (crée en 1944) sont entre autres les éléments qui vont rendre difficile l’octroi des prêts faciles aux pays sous développés. Une situation qui entraîne un fort endettement de ces derniers du fait de leur faible croissance et une exportation importante. Des pays qui seront incapables de rembourser leurs emprunts. Comme si cela ne suffisait pas, la crise des années 80 qualifiée de Crise de la dette va entraîner un pays comme le Mexique à ne rembourser que les intérêts de sa dette.
Au niveau politique, la défaite des Etats-Unis au Vietnam, le développement alternatif de la décennie 70, la fin de la dictature au Portugal sont à souligner. Le FMI et la Banque Mondiale arrivent avec le report de l’échéance (rééchelonnement de la dette) et les plans d’ajustement structurels (PAS:Programme d’Ajustement Structurel) ;DSAS(Dimension Sociale d’Ajustement Structurel) ;FASR( Facilité d’Ajustement structurel Renforcé)). Des programmes qui échouent dans leur ensemble. Pour le FMI et la Banque Mondiale, les pays du Tiers Monde ne se développent pas parce que le train de vie de l’Etat élevé, les sociétés étatiques ne rendant pas compte avec des dirigeants bureaucrates. D’où les exigences de libéraliser le commerce extérieur, de donner une priorité à la production, d’une bonne gouvernance et surtout de la privatisation des sociétés parapubliques.
L’état des lieux avant les privatisations
Le cas du Cameroun est particulièrement singulier avec les entreprises qui fonctionnaient dans une véritable cacophonie. Des entreprises de famille où l’on ne pouvait retrouver que la famille du DG avec les recrutements ne se faisant sur aucune critère de compétence. Des conseils d’administration où le président valide naturellement le cahier de charge de la direction parce qu’un arrangement fait par des transactions financières qui « fermaient les yeux » du président. Dans beaucoup de cas, des directeurs généraux étaient puissants devant un président de conseil souvent muet. Le laxisme et la corruption ayant fait leur lit, le rendement et la productivité n’était pas le leitmotiv de l’administration. Beaucoup de perte!
Les privatisations : une mauvaise chose ?
Au Cameroun, les secteurs dits stratégiques ne sont pas épargnés par la fameuse privatisation. La télécommunication, l’eau, l’électricité sont touchés. Dans les entreprises qui ont été privatisées, beaucoup ont retrouvé la porte entraînant l’augmentation du chômage qui frappe le pays depuis quelques années. Mêmement, une discrimination salariale est constatée ici avec les cadres expatriés (Blancs) qui ont un écart insoupçonnable dans leur salaire par rapport aux cadres nationaux formés, de même niveau, et souvent dans les mêmes écoles occidentales.
Conséquemment, l’expatriation des fonds sont indéniables car les détenteurs de ces sociétés, de vrais capitalistes, ne recherchant que des gains. Une privatisation qui ne laisse pas la place aux nationaux d’acheter des parts importantes. La perte de l’autonomie de l’Etat est l’un des graves aspects des privatisations. Sinon, imaginons par exemple que la télécommunication soit contrôlée par les étrangers. Il n’y a donc plus de secret. Ces derniers peuvent devenir de vrais espions pour l’Etat. Quel danger ?
Les cas de Camtel et de Camair
Le communiqué du Ministre de l’Economie et des Finances du Cameroun du 07 juillet 2006 dernier donne « la géographie du capital de la future compagnie aérienne qui succédera à la Camair en tant que compagnie aérienne nationale se présente ainsi qu’il suit à sa création : Consortium First Delta Air Services(Partenaire Stratégique :51%) ; Etat Camerounais : 49% dont 14% au privé nationaux, 5% au personnel et 20% de l’Etat…) une approche novatrice ? Que non ! La Cameroon Air Lines(Camair) est définitivement mortes. Ceux qui pensait encore revoir la « Kombi » dans les atterrissages à Rouassi Charles de Gaule le font pour leur propre compte. Une compagnie née, on le sait, par la volonté d’une fierté nationale avec le président Amadou AHIDJO dans les années 70 dans des conditions d’orgueil national à l’époque. Beaucoup de patriotes pleurent et ne veulent pas entendre ça de leurs oreilles. Malheureusement ! De leur côté, les personnels sont dépaysés et n’attendent que « leur malheurs suivent ».
Pour le cas de la Camtel (Cameroon Telecommunication), près de onze prétendants se sont manifestés pour l’appel d’offre du gouvernement. 51% de son capital et sa filiale de téléphone mobile seront cédés à un partenaire dirigé par un consortium majoritaire. On peut citer Celtel ( Une société du groupe MTC côté à la bourse de Koweït). Dhabi Group des émirats Arabes Unis ; Econet Wireles implanté en Mozambie ; Essor de la téléphonie mobile en Inde ; Etisalat qui a son siège à Dubaï ; France Telecom (opérateur de télécommunication française) ; MTN Inter national déjà présent au Cameroun ; Maroc Telecom ; Portugal Telecom ; Telkom Vodacom (1er opérateur Sud africain en GSM).
Les entreprises déjà privatisées
Parmi les entreprises privatisées, on peut citer Hévécam (Hévéa du Cameroun), Cameroon Shipping Lines, Régie Nationale des Chemins de Fer du Cameroun(Regifercam), la Cameroon Sugar Compagny, la Société Camerounaise de Palmeraie, la Société Nationale d’Electricité du Cameroun (SONEL) entre autres. Cependant, à voir de près, une visibilité dans les avancées faites par ces sociétés tarde à venir. A la SONEL devenue AES-SONEL, l’esprit d’entreprise et le sens de l’effort piétinent. A la REGIFERCAM, devenue CAMRAIL, les voyageurs sont le plus souvent dans des conditions peu humaines. D’autres sociétés sont sur le coup de cette privatisation. On a celle qui distribue l’eau (CAMWATER), la SODECOTON…comme avait dit un musicien camerounais, Longuè Longuè, « ne privatiser pas le Palais d’Etoudi, le palais de tous les camerounais ».
Les bons points de la privatisations
On peut citer dans cette rubrique 07(sept) points à savoir :
- L’amélioration et la compétition des entreprises car il y aura mobilisation des ressources, des opérations d’investissement, la production et la commercialisation. L’amélioration de la qualité et la performance des entreprises s’affichent.
- Elle permet à l’Etat d’augmenter ses ressources budgétaires car il augmentation des ressources budgétaires de l’Etat camerounais grâce à l’encaissement du produit de la cession de l’entreprise ou d’actifs, l’élargissement de l’assiette fiscale, réduction des avances et substitutions.
- Permet aussi à l’Etat du Cameroun de concentrer les ressources disponibles sur des secteurs dits prioritaires à savoir l’éducation, la santé, les infrastructures routières, la régulation…
- Accroît la participation du secteur privé dans le financement et la gestion des activités économiques, importantes ressources techniques et managériales développées par les repreneurs.
- Permet de mobiliser l’épargne nationale. En effet 30% des parts aux nationaux entraîne l’accroissement du rôle participatif de la population et stimule l’esprit d’entreprise.
- Favorise l’acquisition de nouvelles technologies qui entraîneront la pérennité de l’entreprise.
- Le partenariat entre Etat et secteur privé s’accentue. Un partenariat bénéfique sur l’économie de manière significative. Mais alors, pas d’autonomie !
L’Etat demeure, dans ce genre de situation, celui là qui régule. Un système où le FMI et la banque mondiale sont très regardant. L’absence d’une politique propre au Cameroun se présente. D’ailleurs, le conseil d’administration du FMI a approuvé le lundi 24 octobre 2005, un accord de trois ans avec le Cameroun pour la Réduction de la Pauvreté et Pour la croissance(RPPC) jusqu’au 30 juin 2008. Une institution rigoureuse sur : la politique budgétaire de l’Etat camerounais ; les reformes
structurelles visant à améliorer la compétitivité et à renforcer la croissance de l’économie ; la mise en œuvre de politiques sociales conformes à la stratégie de réduction de la pauvreté ; l’amélioration de la gouvernance et la lutte contre la corruption. De bonnes guerres !

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Posted by: wow power leveling | July 03, 2009 at 08:01 PM